Image : Ludwig et Hilde~ Alias Raphael et Gabriel dans Angel Sanctuary
Musique thème :
Le roi et l'oiseau ~ La bergere et le ramonneurHilde
Ma chère Hilde, mon amour...
Aucune excuse, aucun bouquet de roses, ne pourra pardonner ce que je t'ai fait... Tu me vois, ici, toujours aussi faible qu'avant, ayant toujours besoin de toi, t'écrivant cette lettre alors que ta tombe, prés de la maison, me fait face chaque jour. Tu ne recevra pas ces mots, peut-être le vent te les portera-t-il, mais ils ne te toucheront pas. Pas de regrets, pas de larmes, plus maintenant. Seuls quelques jours ont passés, et pourtant, à travers la douleur, j'arrive enfin à voir le monde : ta mort ne m'aura pas laissé dans le noir, comme tu le désirais...
Je t'aime. Et pour cela, je ne puis accepter les faits s'étant déroulés cette dernière année. Pour la première fois, laisse moi te raconter mon histoire, entière...
Les sept premières années de ma vie ont été merveilleuses. L'innocence de l'enfance, bien sûr, les jeux, les amis, une bulle d'amour que compose les parents. Je jouait, riait, si facilement ! Tout me plaisait, le ciel n'avait jamais été aussi bleu, et l'existence du mot tristesse, je l'ignorais ! Ces journées de piques-nique et de fêtes, les soirs au coin du feu tandis que maman me lisait un livre, les jouets, les sourires... Mon père et ma mère, Oh Hilde, si tu savais comme je les trouvais merveilleux à cette époque ! Il y avait bien leurs absence répétées quelques soirs, mais j'était jeune et j'avais appris à me prendre en main sans poser de questions. Dans mes souvenirs, jamais ils ne m'ont dit où ils partaient, et c'est à mes dépends que je l'ai appris.
C'était le jour de Noël. Ma main tremble quand je pense à ce que je vais mettre sur papier... Cela, tu en es déjà au courant... Mais il faut que je le marque.
En réalité, mes parents...Ce jour là, le 25 décembre, ils ont décidé de m'emmener avec eux. J'étais heureux, enfin je connaîtrais le secret des grandes personnes ! Mais tout semblait tellement bizarre...On m'a conduit dans une grande salle, maquillé, habillé... Nous étions plusieurs enfants, puis des inconnus nous ont emmenés sur une sorte de socle rond en hauteur, via une passerelle. C'était difficile d'y marcher, car les bords donnaient vue sur une pièce en contrebas et on y avait entassé du bois. Les portes menant à la passerelle, derrière nous, se sont refermées, tandis qu'au delà du vide, s'étendait une grande balustrade sur laquelle beaucoup de gens étaient accroupis, comme en train d'invoquer quelque chose ou de prier. Quelqu'un avait un flambeau à la main. Aurions nous pu comprendre ? Aux autres comme à moi, on n'avait jamais inculqué une seule notion de méfiance ! Nos parents nous avaient emmenés là, et nous devions rester où nous étions pour leur faire plaisir, cela ressemblait tellement à un jeu...
J'ai compris, lorsque j'ai vu les premières flammes s'allumer, et les enfants s'affoler. Le souvenir d'un magazine que j'avais lu sans comprendre me revint à l'esprit, aussi subitement que la chaleur me fit pousser un cri. À l'entête de celui-ci, trônait en énormes lettres rouges le mot
« SECTE ». Fier d'apprendre un nouveau mot, j'avais feuilleté l'article, n'en comprenant que la moitié, l'oubliant quelques minutes plus tard. Mais les mots pourpres de l'article me revenait ... «
RITUELS » « RÉUNIONS » « INITIATIONS »... Puis, en plus gros, en souligné
« SACRIFICES HUMAINS »...
« Papa...Maman... Veulent que je meure ? » De telles pensées... Tout c'est passé dans la confusion...Hilde, toi qui as toujours été aimée d'un réel amour par tes parents, toi qui n'a jamais eu à te dire que tout était faux, que chaque éclat de rire, chaque caresse, chaque sourire était faux... Hilde, sais-tu ce qu'est le désespoir ? Le désespoir d'un enfant de sept ans qui apprends d'un coup la colère et la tristesse ? La haine, la vengeance, l'instinct de survie qui nous réduit à des animaux...? Hilde...
Je ne sais trop comment c'est arrivé, mais au milieu des autres, je n'ai pu supporter l'idée de rester, de mourir, simplement, sans réalité, sans vrai moi... La fumée engourdissait mon esprit, les flammes me faisaient de plus en plus souffrir tandis que le feu s'approchait de mon corps pour le dévorer. Je n'ai pas vraiment le souvenir de comment tout est arrivé... De l'autre côté du vide il y avait tous les priants rassemblés, j'ai pu réussir à sauter dans un dernier élan pour les rejoindre, puis, j'ai couru, couru, vers mes parents que je voyaient sur un côté, agenouillés en train de prier. Il y avait un homme devant moi, qui priait, en avant des autres, devant une stèle où étaient posés de grands couteaux. Je m'en suis emparé, emporté par ma folie, par ma haine maladive, blessant tout ce qui était autour, blessant l'homme dont je compris plus tard qu'il était le gourou, ne regardant que vers mes parents, brandissant vers eux mon arme... C'était...Sûrement la première fois que je voyais autant de sang... qui coulait sur eux...sur moi... Je ne crois pas avoir réalisé de suite ce que je venais de faire... J'ai réussi à m'enfuir, les adeptes trop surpris pour me poursuivre... Tout ne s'était passé qu'en quelques secondes j'imagine, mais dans ma tête qui bourdonne, ces souvenirs semblent une éternité...
On m'a placé en orphelinat. L'affaire de la secte, sujet délicat, fut étouffée. Puis j'ai grandi, sans bien faire attention à ce qui m'entourait... Après ce qui c'est passé, j'étais comme mort... J'entendais bien les infirmières chuchoter tout bas à propos de mes yeux vides, mais j'y donnais alors si peu d'attention...
Et un jour j'ai découvert le piano. Je crois que sans cet instrument, je serais aujourd'hui encore étranger au monde qui m'entoure. Le son des notes m'obsédait de plus en plus, et je fini par en faire mon métier, lorsque mes 18 ans arrivèrent. Et je t'ai rencontré, toi, la chanteuse, toi, l'ange. Tu m'as charmé dés le début, dés que ton regard fier s'est tourné vers moi. Nous sommes devenus amis, puis amants... Nous avions des projets d'avenir, nous nous aimions... Je t'aimais... Encore maintenant je peux me souvenir parfaitement de ton rire, de chacun de tes sourires si attirants, de cette taille fine que je désirais serrer contre moi. Oh, tu m'as redonné un goût à la vie que j'avais oublié ! Le parfum de tes cheveux blonds, tes yeux si clairs, ta jupe ample qui volait lorsque tu tournais sur toi-même, tes si petites mains... Tes baisers m'envoûtaient alors sans aucun efforts. Nous devions nous fiancer, vivre, continuer à être heureux, tu disais qu'a jamais tu m'appartiendrais... Oui, je t'aimais... Tu jouais avec mes lèvres tel un petit oiseau cajoleur s'étant laissé attrapé...
Puis un jour, un jour normal dont la date, le 20 Juin, me restera toujours en souvenir, tout s'est précipité. Le ciel bleu chatoyait de pureté, le facteur venait de passer, et tandis que tu lisais dans le salon, je regardais le courrier. Un jour banal, qui aurait dû être tout à fait heureux... Et puis, une lettre attira mon attention. À ton nom, elle portait un cachet bien singulier, et dont il fallu que je me remue la mémoire pour retrouver l'origine. Un cachet que je n'aurais certes pas pu oublier, car il était celui de la secte de mes parents... Ma première pensée fut que cette organisation te poursuivais, désirais te faire du mal à toi aussi... Mes mots se sont coincés dans ma gorge, et à côté, tu continuais à lire sans rien remarquer... Ce n'était pas dans mes habitudes, mais j'ai ouvert la lettre. Sans comprendre.
Pourquoi... Pourquoi commençait-elle par « chère Hilde », comme une connaissance proche ? J'étais sûr de moi quand au cachet de cette lettre, et mes yeux parcoururent avec affolement ce qu'ils ne voulaient pas voir... Il devait y avoir une erreur...
« Dépêche toi. Je comprends bien que plus votre bonheur sera grand, plus il souffrira, mais il est désormais temps de lui avouer cette mise en scène. Quand il sera tombé au fond du gouffre, quand il aura le c½ur réduit à néant par le désespoir, tu le tueras. Avec un grand couteau comme nous en avions cette nuit-là, tu te souviens ? Avec un grand couteau comme celui qu'il a pris pour tuer ses propres parents, et blesser mortellement ton père, notre gourou... Tu seras délivrée d'un poids, et d'une personne pour qui tu ne ressent rien. N'aie pas de pitié. »
Ces mots... J'ai gardé cette lettre, et pourtant bien des fois la tentation de la déchirer a été forte. Avais-je encore vécu dans le mensonge d'un amour feint ? Le même schéma recommençait encore, une vie fausse, calculée, de mensonges... Tu étais mon petit oisillon et tu t'es envolé...Ces lèvres magnétiques étaient recouvertes de poison... Que j'avais été bête, jamais tu ne m'avais appartenue ! Jamais rien n'avait été réciproque... Et le cauchemar recommençait... Des souvenirs de feu, d'adeptes en train de prier me revint à l'esprit... La peur, la course vers le meurtre, le sang... Et toi tu lisais, devant moi, sans te douter de rien. Mon corps paralysé retrouva sa mobilité. J'avançait prendre un grand couteau. Tu sais, le même que ce jour là... Est-ce mon éclat de rire nerveux et incontrôlé qui te fis sortir de ta lecture ? Où la vue d'une de mes larmes tombant par terre ? Ton expression se figea de terreur en voyant mon sourire... Un pas, un autre... Nos corps se rapprochaient, tandis que bloquée sur le fauteuil, tu ne pouvais plus rien faire. Ne pas fuir, regarder juste avancer la personne qui nous aime au point de nous tuer... Tes appels au secour étaient inutiles puisque la maison était excentrée... Et nous corps se rapprochaient, pas à pas... Je pus bientôt saisir ta taille frêle pour la serrer contre moi. Une dernière étreinte, si forte, si passionnée, si langoureuse. Oui, mon tendre oisillon, tu étais mienne... Ton visage si prés du mien, ton souffle chaud... Je me souviens de chaque détail, de chacune de tes larmes qui se mêlaient aux miennes... Mes lèvres allèrent te chuchoter nos adieux à l'oreille...
« Je t'aime...Menteuse... »
Jamais je n'aurais cru que ton sang puisse être si rouge. Il coulait lentement, sur toi et moi enlacés, te laissant morte dans mes bras, ta tête se reposant sur mon torse. Tes lèvres aussi étaient pourpres... Pourpres et bientôt froides...
Écrire ce qui c'est passé ce jour là... Écrire cette démence m'ayant prise... Je ne peux décrire le flot de sentiments qui me prennent à la gorge. Cette lettre sera enterrée à tes côtés, auprès des roses blanches que j'ai déposée sur ta tombe. Cette maison était loin de tout, et personne ne s'est encore aperçu de rien. Je vais partir maintenant... Loin d'ici, au sud, se trouve un orphelinat où des postes de professeurs sont libres. Peut-être pourrais-je payer un peu de ma souffrance en aidant ces enfants...? Oui, c'est pitoyable de faire ça par acquis de conscience... Je donnerais n'importe quoi pour me racheter envers toi. Je refuse désormais de vivre dans l'illusion. Ta tombe sera celle de mon passé...
Tu as toujours été la seule comptant à mes yeux. Et je t'aimais jusqu'a te tuer. Adieu, Hilde, adieu mon amour... Je pars pour renaître.
Ludwig Hugbald